Autisme... Pourquoi garder l'espoir?


Je vais inaugurer ce Blog par l’une de mes premières rencontres professionnelles d’accompagnant d’enfants souffrant de troubles autistiques...

... Rien que lui et moi, dans une petite pièce de jeux spécialement conçue pour lui. Sur les murs étaient affichés des calendriers, des tables d’addition, de soustraction et de multiplication, des règles de grammaire et de conjugaison. D’innombrables jeux jonchaient le sol. Il était là, assis par terre, agenouillé, me tournant le dos et poussait, sur un tapis représentant un centre-ville, des petites voitures.

J’osai une approche. Je m’assis face à lui et pris à mon tour l’une des voitures... Je circulais devant la boulangerie puis m'arrêtais en faisant Vroum-Vroum... Lui, ne tenait compte de rien. Je roulais encore... Peu importait de toute façon...Il ne me voyait pas... Face à moi, son regard observait loin, très loin derrière moi. Je n'existais pas. J'étais un fantôme.

Je tentai quelques mots, son prénom même...

Je vis qu’il aimait les feux tricolores. Rouge, la voiture s’arrête. Vert, elle passe. Il n’y a pas de place pour moi dans ce circuit logique et fermé. C’est implacable. Je persistais, inutilement.

Les vitres fumées de l’unique fenêtre de cette salle de jeux ne laissaient passer que très faiblement la lumière du jour. Au plafond, un soleil en plastique cachait une ampoule. Peut-être que dehors il pleuvait. Depuis combien de temps étais-je là, avec lui, sans lui? Je l’ignorais. Je décidai d’abandonner. C’est lui qui déciderait de la suite. Rouge, je pars et ne reviens jamais. Vert, nous continuons, ou plutôt nous commençons. Après tout, puisque le monde des feux tricolores est si merveilleux!

Je reculai et m’assis en tailleur derrière lui. Il ne me voyait plus. M’avait-il déjà vu? J’appuyai mon dos contre la porte. Je l’observais. J’attendais. Les feux tricolores clignotaient de plus belle...je pouvais partir. Je décidai pourtant de rester. Je ne sais aujourd'hui encore absolument pas pourquoi je suis resté derrière lui à être ignoré comme jamais je ne l'avais été auparavant.

Il pouvait faire ce qu’il voulait. Je regardais une dernière fois ce môme isolé. Je ne sais pourquoi il se leva, passa devant moi en m'ignorant comme il l'avait fait jusque-là. Il fouilla les tiroirs et en sortit un jeu de cartes. Il se mit face à moi et dit:

- 7 cartes !

C'était le début d'une aventure qui dura quatre ans et qui permis à cet enfant de devenir un élève.

P. Gaudry