Ethnomédecine


Ethnomédecine

"Pour qu'un homme accomplisse tout ce qu'on lui demande, il doit se considérer comme plus grand qu'il n'est."


Goethe


Depuis 10 ans, je travaille avec des enfants souffrant de troubles autistiques. Au cours de ces années, j’ai pu remarquer que la relation établie avec ces enfants était au cœur de la thérapie. Cela me permet d’entrer dans leur monde. Un processus se lance et la relation évolue, ainsi que les enfants. Ils s’ouvrent au monde à leur tour, le provoque, s’y ouvre une voie. Cela n’est possible qu’à partir du moment où l’environnement de l’enfant, familial, institutionnel et social, s’accordent à lui.

Avec ses conditions, les enfants ont commencé à arpenter leur propre route entre désir et réalité. J’ai pu constater qu’il n’y avait pas de différences entre ces enfants et d’autres enfants : rien ne manque au cerveau, seul les angoisses et les incompréhensions les différenciaient et les éloignaient progressivement du monde. Ce qui ne signifiait donc aucunement qu’ils ne pouvaient s’y épanouir.

Durant ces années, je me suis demandé si ces mêmes conditions ne manquaient pas aux patients en général, quelle que soit leur âge et leur pathologie ; à savoir un lien thérapeutique, un environnement thérapeutique et social à l’écoute et une transdisciplinarité. J’ai décidé de créer un réseau de thérapeutes/médecins avec la volonté d’apporter aux patients une vision plus globale de leurs symptômes et de la santé ainsi qu’une prise en charge adaptée et respectueuse. Cette pratique a énormément questionné notre culture médicale habituelle coûteuse, invasive et médicamenteuse qui sépare encore le corps et l’esprit et m’a amené à rejoindre et enrichir les questionnements de l’Ethnomédecine et de l'Anthropologie médicale...


Alors, pourquoi l’ethnomédecine ?


  • Parce que le lien au patient si indispensable à un retour véritable à la santé est attaqué en permanence, attaques bien souvent cachées derrière une volonté d’aider trop éloignée de la complexité du patient le réduisant le plus souvent à son symptôme. Le patient est alors attaqué dans sa complexité et sa réalité. Ce n’est pas sans conséquences. Le thérapeute/médecin par sa spécialisation attaque trop souvent à son insu la complexité du patient.
  • Parce que traiter le symptôme n’est pas guérir.
  • Parce que côtoyer d’autres thérapeutes/médecins permet à chaque spécialiste de s’ouvrir à la complexité et de ne pas rester enfermer dans un savoir très spécialisé. Cela crée entre chaque thérapeutes/médecins une association bien supérieure au simple ajout de chaque discipline.
  • Parce que la thérapie n’est plus envisagée comme le rapport d’un sachant à un ignorant mais comme deux personnes qui s’investissent dans une relation thérapeutique qui fait évoluer favorablement toute pathologie (bien que le patient n’en ai pas forcément conscience). La thérapie est une co-création.
  • Parce que considérer que chaque patient à en lui son chemin d’évolution permet de remettre en question notre approche culturelle qui sous-entend trop souvent que telle pathologie est incurable ou telle discipline inapte ou inférieure.
  • Parce que la thérapie consiste aussi à s’adapter au patient là où il en est de son histoire.
  • Parce que les thérapeutes font partit de l’environnement du patient. Leur approche relationnelle permettra au patient de se considérer différemment. Cela, non dans le discours, mais dans l’attitude, le geste, la tonalité, l’écoute et la synchronicité.
  • Considérer donc la maladie comme une pathologie du lien et un fort déséquilibre entre les rêves du patient et la réalité qu’il a vécu jusque-là profondément ancrée en lui.
  • Constater que le corps des patients ne triche pas et que ces corps vont régulièrement mieux quand leurs rêves retrouvés côtoient le réel : expression du Soi idéal.
  • Ne pas oublier que la technologie n’est pas le fondement de la thérapie et remettre à l’ordre du jour le potentiel d’un lien entre deux humains, soignant/soigné.
  • Transformer l’errance thérapeutique en parcours thérapeutique.
  • Prendre conscience qu’une meilleure thérapeutique adviendra tout autant de ce qui nous reste à connaître sur les maladies que de ce que nous savons déjà associé à ce que nous avons à « être ».
  • Que notre croyance en l’incurabilité de certains symptômes, due à une vision étroite et univoque de la maladie, provoque elle-même cette incurabilité (autisme, fibromyalgie, etc.)
  • Prendre conscience que l’attitude des soignants, quelle qu’elle soit, a des conséquences.
  • Prendre conscience que, enfermé dans une discipline, le thérapeute/médecin peut avoir la sensation de tout savoir, que sa réponse est la bonne, que son seul point de vue est le bon.
  • Envisager les maladies et symptômes dans toutes leurs complexité et richesses au sein des institutions hospitalières, médico-sociales, psychiatriques, scolaires, etc.
  • Ecouter les premiers signes de troubles avant l’apparition même des symptômes (sensation de ne pas être à sa place, nervosité et angoisse, etc.)










 


 

Les enjeux ?


  • Impulser une dynamique et un sens à des Institutions parfois désespérées et à des professionnels de santé souvent exténués (retrouver un idéal réaliste).
  • Un accès véritable à la santé, qui se trouve plus être une dynamique qu’un état, pour tous.
  • Prendre conscience que des professionnels de santé ne travaillant pas dans une même dynamique fragmentent à leur tour des patients souvent très dissociés.
  • Que chaque patient retrouve envie, désir et rêves ainsi que sa propre dynamique à les réaliser.
  • Qu’un retour à la santé implique une prise de conscience de soi, des autres et du monde. Elle est aussi une reconfiguration du monde.
  • Qu’un retour à la santé est une ouverture à la dimension artistique et à la créativité.
  • Qu’un retour à la santé est une ouverture à l’apprentissage par l'expérience, la curiosité par l’ouverture de soi-même aux autres et au monde. C’est (re)-trouver l’aptitude à se faire bousculer par la nouveauté et l’étrangeté.
  • Qu'un retour à la santé est un retour à la curiosité, l'exploration et l'envie d'apprendre et de partager.
  • Nourrir la démocratie de ses valeurs par un retour des rêves des patients au contact du réel.
  • Questionner le risque d’une surmédicalisation de l’existence.
  • Améliorer les rapports entre professionnels de santé et politiques en partageant les enjeux et les moyens nécessaires.
  • Que le domaine de la santé assume son rôle et l’importance majeure dans une démocratie : être le ferment d’un idéal démocratique.
  • Respecter les médecines d’autres cultures qui toutes considèrent l’être humain dans sa complexité, partager avec elles leurs richesses et la richesse des disciplines modernes.
  • Un patient prend conscience de qui il est, d’une fraction du monde et des symptômes disparaissent d’eux-mêmes sans avoir été traité. Que peut signifier cette disparition, cette « guérison » ?
  • Par conséquent, poser cette question fondamentale : traiter le symptôme, est-ce guérir ?
  • Prendre conscience que les remboursements par la sécurité sociale concernent essentiellement des disciplines qui ne considèrent le patient que sous sa dimension biologique.
  • Questionner les prises en charge institutionnelles.

 

Comment ?


  • Créer des Réseaux de partage et de communication entre thérapeutes/médecins afin de proposer un environnement thérapeutique stable impliquant le plus grand nombre de dimensions de la santé, de la maladie et du patient. (Un thérapeute ne doit pas supposer l’activité d’un autre thérapeute mais bien au contraire en connaître les buts et les finalités autant que les techniques et les dimensions envisagées).
  • Un partage d’expérience régulier entre thérapeute.
  • Partager avec le patient cette prise en charge pluridisciplinaire.
  • Avancer dans sa vie, c’est aussi prendre conscience de qui on est. Cela nécessite un pôle formation concernant les différentes dimensions du patient, de la maladie et de la santé.
  • Tous les praticiens possèdent une sensibilité qui les ouvre au plus grand nombre de dimensions de la maladie, de la santé et du patient. Chacun préservant malgré tout son savoir lié à sa discipline.

 

 

Axes de recherche


La santé me parait être au cœur de nos vies et de la démocratie que nous le voulions ou pas puisqu’elle convoque à la fois nos dimensions physiques, psychologiques et sociales. Toute notre vie teinte chacun de nos symptômes et chacune de nos maladies. Traiter le symptôme n’est pas guérir mais plutôt s’interdire de reconnaître le lien de dépendance d’une maladie à la subjectivité du malade, à son inscription singulière dans un drame intérieur, à son historique.  

De par mon expérience, je pourrai affirmer qu’aujourd’hui, avec un diagnostic précoce et une prise en charge pluridisciplinaire intégrant le rôle indispensable des parents, l’autisme peut être « guéri » c’est-à-dire faire en sorte que l’enfant soit sur la route de ses rêves (qui sont de toute façon présents en lui) au contact du réel. Il en est de même par exemple d’une maladie plus physiologique à priori comme la fibromyalgie ainsi que de maladie chronique telle que l’hypertension.

Ce chemin d’exploration implique de nombreuses questions :


  • Comment une maladie envisagée sous un seul angle évolue-t-elle lorsqu’elle est envisagée sous plusieurs angles ?
  • Que dit l’évolution de la maladie de l’évolution du patient ?
  • Peut-on envisager éviter des complications et des chronicisations de maladies par une prise en charge transdisciplinaire ?
  • Quelles maladies sont concernées ?
  • Quelle sont les influences du lien thérapeutique et les conséquences de son absence ?
  • Quelle dimension du patient est concernée à quel moment de la maladie ?
  • Quel parcours thérapeutique pour telle personne et telle maladie dans telle condition sociale et familiale ?


Ce questionnement n’est pas une recherche privilégiée des pays occidentaux. Partout dans le monde, les patients et thérapeutes tentent de concilier leur culture médicale traditionnelle intégrant l’ensemble des dimensions de l’être humain à la médecine occidentale purement physiologiste. Ainsi se dévoile à nos yeux l’une des voix d’exploration de l’ethnomédecine. Une autre voix toute aussi intéressante serait d’explorer les institutions sous l’angle transdisciplinaire intégrant un maximum des dimensions de l’être humain :


  • Dimension physiologique et anatomique
  • Dimension psychologique
  • Dimension sociale
  • Dimension énergétique
  • Dimension relationnelle
  • Dimension homéostasique

 

Aujourd’hui, notre réseau d’ethnomédecine est constitué d’un médecin, d’une acupunctrice, d’un psychiatre-psychanalyste, d’une praticienne en massage chinois et d’un hypnothérapeute également praticien du jeûne.


Parce que vous êtes au centre de votre thérapie, je propose une formation en Ethnomédecine, formation permettant d'approfondir les thèmes développés dans le livre "Ailleurs vers Soi" à travers mon expérience.